LES PASSEURS DE MÉMOIRE DU PAYS DE DURAS: CHEZ NOS VOISINS.Une curiosité dans la vallée du Drot, la grotte du Trou Noir à St Martin du Puy (Gironde), PAR MICHEL BONNEFOND

Lieu connu depuis toujours et le théâtre de fêtes locales annuelles avec bals champêtres dans les années 1950-1960, la grotte du Trou Noir est située sur un aplomb calcaire dominant la vallée du Ségur affluent du Drot.

Mais, laissons la parole à Dominique Barraud de Caen, membre du GAMS (1) qui a bien voulu nous autoriser à publier un extrait du bulletin de 1983 relatant l’historique de la grotte :

« La grotte elle-même a certainement servi d’abri sous roche, tout au moins occasionnellement à l’époque préhistorique. Cette utilisation est induite par sa forme, le sol ne conservant plus de traces est continuellement raviné par l’eau d’un ruisseau souterrain qui aboutit en cet endroit et qui est à l’origine de la formation de la grotte. A l’époque préhistorique le sol devait être plus haut. Seul vestige subsistant, un bloc de calcaire ayant servi de polissoir du type rainuré.

Le ruisseau souterrain prend naissance au lieu-dit «  Le trou de la barrique » à une altitude de 55 m où il offre un parcours à ciel ouvert de quelques dizaines de mètres pour s’engouffrer sous terre et aboutir dans la grotte du Trou Noir à un altitude d’environ 40 m d’où il s’écoule paisiblement dans la campagne pour rejoindre le Ségur affluent du Drot. A vol d’oiseau, le cheminement souterrain représente une distance de 900 m. L’eau s’écoule en permanence même en période sèche et le parcours sous terre dans un calcaire très dur est assez mouvementé, tortueux, et accidenté.

Le conduit se présente sous la forme d’un boyau de section grossièrement ovale dans lequel un homme tient debout en tout point de son tracé ; il offre trois zones éboulées formant trois petites salles souterraines d’environ une dizaine de m2 chacune. Tout au long du parcours, quelques ramifications viennent se joindre au boyau principal mais la plupart sont sèches.

La découverte du polissoir dans l’abri sous roche lors d’une promenade dominicale a suscité une campagne de prospection réalisée dans l’été 1971. L’abri s’est avéré rapidement d’un intérêt secondaire hormis la présence du polissoir et d’une galerie comblée y aboutissant et dont le remblai contient une fine couche de colorant naturel (ocre). En effet, l’eau ravine continuellement et le niveau d’occupation préhistorique a été complètement détruit. Les éléments subsistants venant du conduit du ruisseau souterrain entraînés par le courant sont représentés par des tessons de poteries néolithiques dont certains sont décorés à la molette ou au pouce.

De même, des ossements humains découverts indiquent la présence de sépultures. L’aménagement de celles-ci dans des cavités souterraines marque la fin du mégalithisme à l’époque du néolithique final…»

Des explorations de spéléologues réalisées dans les années 1970-1980 ont démontré que le circuit le plus long atteint environ 2800 m partant du Trou noir et sortant au Trou de la barrique (cf plan) après des passages de cuvette d’eau à hauteur d’épaule.

Afin de protéger la faune (population de chauve-souris estimée à 3000 individus) et pour des raisons de sécurité, la grotte (domaine privé) ne se visite plus aujourd’hui et l’accès est réglementé.

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  1. Groupe archéologique Mons Sécurus aujourd’hui GAHMS.

Michel Bonnefond, Mars 2021