LES PASSEURS DE MÉMOIRE DU PAYS DE DURAS: UNE HIRONDELLE FAIT MON PRINTEMPS ( 2 PHOTOS +TEXTE JOINT)

Une hirondelle fait mon printemps

Je me souviens du temps où mon père depuis le jardin, apercevait les premières hirondelles. C’était vers mi-mars/ début avril, en fonction du temps froid ou du réchauffement. Il nous annonçait joliment que le printemps était arrivé. Il surveillait les allers et venues afin de savoir où elles allaient faire leur nid. Et surtout, il ne fallait pas déranger ! 

Le vieux séchoir à tabac, après des années  de service, lui fut dévolu comme garage ; Carcasse de bois, côtés et bas-côtés faits de planches, entrecoupés de fenêtres à crémaillère pour la ventilation, il offrait sous son toit de tuile, un abri précieux pour la construction de ces nids. Petits insectes, araignées de jardin, moustiques, y régnaient en pays conquis dans leur monde en miniature.

Il ne nous était guère possible d’apercevoir les petits hirondeaux dans le nid, car il était construit trop haut. Mais l’on pouvait apercevoir le manège des parents, toute la journée,  qui apportaient les vers pour la becquée, seul carburant pour quelques grammes de graisse.  

Et de surveiller le manège. 

Dans le jardin de Papa, maraîcher, les prises d’adduction d’eau étaient pléthore. Et les fuites aux jonctions des tuyaux de métal, allaient souvent bon train ! Que n’a t-il pas râlé, de voir se former ces petites réserves  d’eau  au bout des planches et des semis ! Mais quel bonheur de voir les hirondelles, à tour de rôle, frôler la terre humide, et repartir vers le ciel, le bec empli de ce précieux trésor pour la construction du nid ! Si par mégarde, le chat de la maisonnée, attendait patiemment, une souris ou un lézard, tout près du précieux « gisement » il n’était pas rare, de le voir faire un bond, après qu’une hirondelle, en rase motte,  lui ai piqué le dos rageusement. 

Fin août, début septembre, en ces temps là, elles se réunissaient sur les fils électriques, par centaines, et l’on savait que le départ vers l’Afrique approchait. Elles me donnaient l’illusion d’une partition de musique, avec les notes noires et blanches alignées….

Bien des années plus tard, à côté de chez moi, vivait un couple de retraités adorables, qui avaient la passion des oiseaux. La porte du garage  attenant à la maison était pourvue de 4 petites vitres en hauteur. Il eut l’idée d’ouvrir un carreau à l’année pour égayer ses vieux jours, pour laisser entrer les hirondelles : la chose fut faite, et elles eurent vite pris l’habitude de filer comme l’éclair et de rentrer faire les nids. Il fut obligé de mettre une protection pour sa voiture qui dormait  dessous !  Il y avait de la vie à ce moment là autour de cette maison : Lui allait à son jardin, elle arrangeait ses fleurs,  le chien de la famille aboyait et jouait avec les petits enfants, les voisins, les amis. 

Hélas, un jour les volets se sont définitivement fermés, seul le carreau de la vitre du garage est resté ouvert.  Les hirondelles on déserté l’endroit à la fin de la saison. Aucune n’y est jamais plus revenue. 

Dany Blanc