LES PASSEURS DE MÉMOIRE DU PAYS DE DURAS: SOUVENIR D’INDOCHINE SUD OUEST 10/11/10

Bon souvenir d’Indochine (Sud Ouest 10 novembre 2010)

Emile Paul Rougé a été incorporé à Rochefort en 1945 et effectué ses classes à Mimizan, s’engageant ainsi pour 6 ans dans la marine. Il rejoint ensuite l’école de canonnage de Toulon et embarque sur le cuirassé Lorraine. Sortie de l’école dans les premiers (avec étoile), Émile Paul nommé canonnier-pointeur est affecté sur le cuirassé Richelieu.

Coïncidence, lors de son embarquement sur ce navire, il rencontre un Duraquois, Jean Le Guennec qui vient de terminer son service sur ce navire.

De 1946 à 1949, sur le Richelieu, le canonnier va découvrir les côtes Africaines, lors de la tournée du Président Vincent Auriol, dans les colonies Françaises.

Rencontre du Général Leclerc

En 1947 les marins du cuirassé seront passés en revue, lors d’une inspection, par le Général Leclerc. Emile Paul se souvient de ce moment solennel avec émotion, car il apprendra un peu plus tard la disparition du Général, son avion s’écrasant en plein désert.

Des bruits courent sur la situation de plus en plus critique de l’Indochine, suite au coup de force du Viêt-Minh en 1946 contre les Français.

Courant mars1949, bien qu’acceptant l’indépendance du Vietnam, la France ne reconnaît pas la souveraineté de Ho-Chi-Minh. Aussi l’engagement Français s’amplifie. Début janvier 1949, c’est pour Emile Paul le grand départ depuis la base de Toulon, sur le transporteur de troupe Atlas 2, pour un voyage qui va durer un mois (Canal de Suez, mer Rouge, Océan indien et Mer de Chine).

Arrivé en Indochine, Emile Paul est affecté sur le croiseur Duguay-Trouin. Le marin Duraquois est chargé avec ses camarades de la surveillance maritime des côtes de Cochinchine, du Tonkin et d’Annam (qui deviendra le Vietnam), et à soutenir les postes avancés en difficultés tenus par la Gendarmerie. En juillet 1950, toujours canonnier, le croiseur Duguay-Trouin naviguant à 3 milles des côtes est chargé de faire sauter les ponts ferroviaires. Le navire s’échoue sur un ban de corail en zone Vietminh, avec une brèche à l’avant du bateau. Les marins, dont Emile Paul, seront employés à alléger le pont avant afin de sortir le navire de sa mauvaise posture.

Il Contracte le scorbut

Fin 1950 Emile Paul Rougé est en opération de surveillance. Il s’agit de nettoyer le terrain par des bombardements afin de préparer les têtes de ponts pour les commandos de marine.

En 1950, le Général De Lattre de Tassigny devient commandant en chef en Indochine et indique aux troupes qu’il est hors de question de rentrer en France. « Pour nous marins, le combat continue. Sur la rivière Saigon, les Viêts tiraient sur les LCM (péniches de débarquement) qui faisaient la jonction entre les dragueurs de mines et la côte, aussi beaucoup d’équipages furent tués lors de ces affrontements ».

Début 1951 Emile Paul contracta le scorbut, ce qui lui valu 15 jours de repos au Cap St Jacques. Démobilisé en novembre 1951, Emile Paul Rougé rejoint la métropole avec trente jours de mer sur le navire sanitaire Champollion. Un sérieux coup de tabac en Mer de Chine, oblige l’équipage à se séparer de 2 cercueils trop endommagés

Bien qu’il soit un brin aventureux, Emile Paul est heureux de retrouver la terre Française. Le quartier maître chef a néanmoins quelques regrets de cette période passée sur les océans du globe, « la marine étant une grande famille, étant tous dans le mème bateau, amitié et solidarité étaient nos maitres mots ». Emile Paul Rougé reste néanmoins marqué par les attentats dans les cinémas de Saigon, faisant de nombreuses victimes.

Titulaire de la croix du combattant, Emile Paul, âgé de 84 ans, porte drapeau de l’Ufac depuis 1997, se fait un devoir d’assister aux différentes commémorations.

Guy Bruneteau