LES PASSEURS DE MÉMOIRE DU PAYS DE DURAS: LE VÉLO D’AUREL PAR RENÉ BLANC

Le vélo d’Aurel 

Il l’avait acheté chez Mimile, le vendeur de cycles mobylettes, motos, très connu sur le pays. Aurel était fier de son vélo. Il répétait, « qu’à peine tu pédalais, il me faisait filer à des allures de dingue. Les jeunes qui font les athlètes et même les courses de vélo, n’ont jamais pu me dépasser. C’est te dire l’engin ! » 

Pire, et tu peux me croire, un après midi en venant de Duras,  je fus attaqué par un méchant orage qui venait du fond de la vallée. « Qu’est ce que je pédalais pour qu’il ne me rattrape pas, avec la pluie qu’il jetait à pleins seaux. Je l’entendais derrière moi comme un torrent ! Et je pédalais, je pédalais, et l’orage continuait d’arriver à une vitesse vertigineuse… 

Et bien tu me croiras si tu veux, malgré son allure extraordinaire, l’orage a juste mouillé mon porte bagages ! C’est te dire si je pédalais »

La souplesse du vélo

Un vélo d’une souplesse, je te dis pas !, avec des roues montées sur roulement « mabille » (sic). Un matin je pars de Duras pour  aller à Lévignac. Je dois dire que  le vent venait du nord, parce que ceux de Ste Foy avaient oublié de fermer leurs portes de la  ville. Une descente de Duras à donner le vertige. Je suis passé sur le pont de Banarge sans voir le Dropt. Je n’ai pu saluer Libertad que j’ai à peine vue sur le pas de sa porte et qui a dû me prendre pour un fou ! D’un formidable élan, mon vélo a attaqué la côte de Lasserre juste avant Lévignac et qui monte… qui monte…Comme je suis craintif et surtout méfiant, et ne pouvant voir le danger qui risquait de surgir de l’autre côté, j’ai freiné à mort et si fort … que les freins en fumaient !  

Le hoquet d’ Aurel

Par un jour de dépiquage de blé à l’ancienne, on lui fit une farce qu’il prit d’ailleurs fort mal lui provoquant un hoquet qui lui dura huit jours.

Après un plantureux repas qui lui échauffa les oreilles, il enfourcha son diable de vélo et se lança dans la longue côte qui le menait chez lui. Ne voilà-t-il pas que ce démoniaque engin fut pris d’un hoquet persistant qui secouait violemment notre bonhomme et lui flanqua ce trouble insipide. Impossible pour lui de freiner la roue arrière d’où venait tout le mal. Arrivant chez lui, il constata qu’on lui avait plié en deux la chambre à air dans le pneu. Rageur et hoquetant, il parla de vengeance. Ce qu’il ne fit point, car le hoquet passé il oublia l’affaire !