LES PASSEURS DE MÉMOIRE DU PAYS DE DURAS: MUSICIEN ET AMOUREUX DES CUIVRES, GUY RIFFAUD PARCOURT LE TERRITOIRE AVEC SON ALAMBIC

DURAS

La partition du bouilleur de cru

Musicien et amoureux des cuivres, Guy Riffaud parcourt le territoire avec son alambic

La tradition de fabrication de l’eau de vie, à partir du vin, reste encore bien ancrée dans nos campagnes. Guy Riffaud est l’un des derniers bouilleurs ambulant à parcourir la campagne qu’il pleuve ou qu’il fasse beau. Ancien maire de Landerrouat (33), ancien conseiller général du canton de Pellegrue et viticulteur retraité (33), Guy Riffaud a eu une attirance, dès sa jeunesse pour le cuivre, d’abord celui d’harmonie puisqu’il a fait ses gammes au conservatoire de Bordeaux avec d’éminents professeurs, entre autre Pierre Boulez et Maurice André. Durant plus de quinze ans, il a assuré la fonction de président de l’Académie musicale interrégionale organisant des stages musicaux en pays foyen et à Bazas (33), lui permettant de côtoyer de grands noms de la musique. Du cuivre d’harmonie au cuivre de l’alambic –Mais la vie réserve parfois des surprises qui change le cours d’une existence. Pour des raisons familiales, Guy Riffaud a dû abandonner son cors d’harmonie pour prendre la suite de l’affaire familiale dans cette fonction de bouilleur de cru. Et depuis le cor d’harmonie est resté au clou. Une lignée de bouilleur de cru – Laissant un cuivre pour un autre, il va voyager avec une autre musique, celle de l’alambic de son arrière grand-père Aramis, premier bouilleur de cru de la lignée dès 1890. Petit homme jovial au sourire communicatif et qui raconte des anecdotes cocasses sur sa vie de bouilleur de cru précise : « depuis mon plus jeune âge, j’ai baigné dans cette ambiance, accompagnant mon grand-père et mon père dans leurs déplacements à la rencontre des gens voulant faire distiller ». Car si Guy Riffaud envisageait de faire une carrière musicale, il a dû s’approprier, depuis 1966, une autre musique et de nouvelles sensations olfactives, ces effluves capiteux qui embaument les hangars en pleine campagne où s’installe l’alambic. L’arrivée de l’alambic est toujours prétexte à une fête où se rencontrent les personnes désirant faire distiller leur vin mais également la prune. On retrouve là une convivialité qui ne s’invente pas. Et puis il y a se mélangeant dans le hangar, les fumées de la chaudière, les vapeurs d’alcool et les petits verres posés sur l’alambic permettant de goutter le précieux liquide incolore. L’alchimie de l’alambic – Mardi dernier, Guy Riffaud a installé son alambic dans un hangar homologué par le service des Douanes sur la commune de Duras. Cette machine sophistiquée, tout en cuivre comme le cor d’harmonie, datant de 1975, fonctionne en continu avec sa marmite centrale reposant sur une chaudière à bois. Son conduit de fumée, ses tubulures, ses manomètres, ses vannes font penser à une locomotive à vapeur du début du vingtième siècle. Guy Riffaud est aidé de Jacques, son maître bouilleur, accordéoniste dans ses moments de loisirs, et ayant obtenu à 14 ans une médaille d’or au Conservatoire de Paris. Entre les deux hommes, c’est un accord parfait, comme en musique. L’art du maître bouilleur est de transformé le vin en une eau de vie. Et si le vin est bon, l’eau de vie sera bonne soulignent en choeur les deux alambicaires. Le maître bouilleur doit surveiller l’alimentation en bois de la chaudière, s’inquiéter de la température de sortie de l’eau de vie, des gestes ancestraux qui relèvent d’une alchimie et d’un savoir-faire évident. Guy Riffaud pensant à ses années au conservatoire, souligne avec son sourire malicieux :  » l’alchimie de l’eau de vie c’est comme une partition de musique », en souhaitant qu’un jour son fils reprenne le flambeau de cette longue lignée de bouilleurs de cru.

Guy Brunetaud