LES PASSEURS DE MÉMOIRE DU PAYS DE DURAS: ANNÉES 50 L’ÂNE À THOMAS SUR LA PLACE DU FOIRAIL. ARTICLE DE DANY BLANC SUR LE RÉPUBLICAIN DECEMBRE 2007

 

TINTIN, l’ANE à THOMAS,

Le dernier âne « éboueur » à Duras remonte aux années 50. La décision d’accepter cet âne passa par le conseil municipal.

Un humoriste érudit du village, aujourd’hui décédé, avait écrit :

« Le Conseil a voté hier à l’unanimité : C’est pour cela qu’il faudrait une quête pour pouvoir le payer ». Et la chose fut faite. Une collecte a bien eu lieu parmi les Duraquois et Tintin arriva.

Il était un âne attachant, de petite taille, aux yeux fendus, à la tête forte, et aux deux grandes oreilles. Ses membres fins étaient terminés par des sabots hauts et coniques, sa robe était d’un gris foncé presque brune des oreilles au bas du dos, blanche du museau au bas ventre et aux pattes. C’étai un âne rustique résistant qui s’avéra à la fois docile et têtu.

Il est donc arrivé au milieu des années 50 pour faciliter le travail de ramassage des ordures et aider Pierre Cayre « dit le Tambour » et Thomas Urtizberea Larraza, (réfugié basque espagnol né le 27 août 1905 à Fontarabie, venu chercher dans nos contrées un peu de paix).

Thomas avait trouvé un gîte à Tintin dans l‘ancienne grange de la famille Girard (derrière l’ancien foyer de Progrès, aujourd’hui maison de santé). Tintin, attelé à une petite charrette commença son travail de ramassage des ordures. Un petit coussin posé sur son dos, empêchait la bête de se blesser avec les courroies de l’attelage. Il allait par les rues de son pas habituel, ou au petit trot, réagissant ou non aux commandements de son maître. Tintin et Thomas formaient un couple indissociable. Ils allaient  tous les jours déverser les ordures au « bourrier » communal sur le versant nord et pentu du village, vers le jardin de Mr Pastureau le marchand de cochons. Il s’en fallait de peu quelques fois que la charrette trop pesante ne se déverse de son contenu, et entraîne Tintin dans la pente. Thomas veillait et retenait l’âne par le licol.

Il était le « jouet »favori des enfants du village. Maurice Mongelard, le faisait tourner sur la place du château ses enfants sur le dos. Il reconnaissait toutes les maisons de Duras, allant de son pas tranquille et de son regard doux propre à ces animaux. Arrivé devant l’église Tintin s’arrêtait. Non pour aller à l’office, mais attendait le croissant du pâtissier Labat. Il ne repartait jamais sans friandise. 

Le travail terminé, Thomas faisait une petite pause au café de la Paix de Madame Petiteau. L’âne restait attelé dans le ruet  qui jouxtait le bar et attendait. Son maître était allé se désaltérer. Là aussi tombaient encore des friandises…

Thomas habitait en famille à quelques encablures de Duras au lieu-dit la Perroterie. Il y avait là des près verdoyants, des sources d’eau pure, et Bernard le fils de Thomas l’emmenait  en rentrant de l’école, le samedi passer le dimanche au vert. Une  belle vie d’âne, toute simple.

Un jour, attiré par on ne sait qu’elle ânesse, Tintin fugua. Il fut retrouvé en Pays  de Lauzun, ou Mr Guinget et Thomas allèrent le chercher. 

Tintin fut un âne heureux. Il a accompli sa tâche jusqu’au jour où le conseil municipal eut l’idée rationnelle d’acheter un véhicule automobile pour enlever les ordures ménagères. Il fut mis à la retraite et coula vraisemblablement des jours paisibles auprès d’un nouveau maître qui l’avait adopté afin d’amuser ses enfants. 

Les petits pas cadencés de l’âne sont loin de nos oreilles. Aujourd’hui les camions poubelles remplacent au centuple les services de Tintin. Ils sont lion d’égaler en charme rétro, en anecdotes et en souvenirs cet attelage harmonieux de l’homme et de la bête. 

Dany Blanc