LES PASSEURS DE MÉMOIRE DU PAYS DE DURAS: ARCHIVES RENÉ BLANC. « ADDUCTION D’EAU POUR NOTRE BONNE VILLE DE DURAS »

Adduction d’eau pour la ville de Duras(1935) 

Vers 1935, notre commune eut un maire que l’on disait franc-maçon, ce qui était son droit le plus absolu. De ce fait les conservateurs ne pouvaient le voir !

Ne voilà t-il pas qu’il décide, avec son conseil municipal,  d’offrir à ses villageois les bienfaits de l’adduction d’eau ! Rendez-vous compte, l’eau au robinet !

 Ah ! s’écria-t-on en apprenant l’affaire,

 «  Il  existe en notre ville et ce depuis la nuit des temps, d’excellents puits généreux. Les nôtres ont fait avec ! Tu vas voir les brouettées d’impôts filer chez le percepteur avec nos derniers billets de banque. Un désastre ! »

Mais notre maire était un diable astucieux. Il obtint du Conseil Général d’où il avait quelques amis, une généreuse subvention. Un de ses proches ingénieurs lui fit gratuitement les plans des travaux. Mieux, l’indispensable liquide s’offrait en en une belle nappe superficielle au lieu-dit Plat Bassin, ancien vivier à poissons du duc de Duras, aux temps de sa splendeur.

Et c’est là que les conservateurs l’attendaient au coin du bois. Se présenta devant lui, le député Gardone. 

« Monsieur le maire, parlez en au Dr Cautère, il vous répètera ce qu’il m’a déjà dit. Toutes les eaux de ce coin de terre sont de sales nids à vermine. Elles sont pestilentielles, pleines de moustiques à paludisme qui affaiblissent les hommes, la colibacillose déshydratant les gens de fulgurantes diarrhées. C’est le paradis des vipères aspics, le lieu rêvé pour la reproduction des grenouilles et crapauds, le grouillement de leurs têtards absorbés par des couleuvres de trois mètres de long. Et le nitrate de nos champs de tabac voisins y pensez- vous ? Monsieur le maire, votre eau est un poison mortel ! »

Mais l’affaire échoua pour un autre raison. Les tubes de cette adduction d’eau devaient passer sous la ligne du chemin de fer. Or la SNCF propriétaire du terrain répondit par un NON sec comme un coup de trique ! D

Des sourciers paraît-il, révélèrent, qu’au bas du coteau au midi de la ville, l’eau devait être abondante. Sourciers ou non, des puits furent creusés. Une foule d’homme, une centaine, creusèrent dans la pente qui mène au sommet de Duras, un fossé de 1mètre de profond sur 0,60cm de large pour le passage des tubes en fonte pulsant l’eau vers la ville. Plus ils avançaient plus le travail était pénible. Après le sable léger ils rencontrèrent la collante argile, puis heurtèrent une roche très dure, brisant les manches de pioches. Enfin apparût l’emplacement du château d’eau avec ses 30 mètres de haut érigé sur le champ de foire.

Dans les rues s’ouvrirent des tranchées semant la pagaille chez les commerçants à caractère protestataire. Dans les puits du bas, les analyses apparurent étonnantes, l’eau étant d’une pureté maximale. D’astucieux Duraquois à l’esprit coquin, pensèrent au profit : « Faisons un puits dans le voisinage,  garnissons des bouteilles de cette eau extraordinaire, et vendons là sous l’appellation « EAU DE DURAS » ! Le pactole.  

La municipalité s’y opposa, craignant un épuisement de la nappe, par des ponctions anarchiques. Un matin, des hommes entrèrent dans les maisons pour la pose des robinets. C’est à ce moment que se montra le député Gardone agressant l’entrepreneur Roubenne. 

« Quel métal employez- vous pour mener l’eau au robinet ? 

« Du plomb tout simplement Monsieur !

« Mais malheureux savez vous que le plomb diffuse un poison mortel  que l’on nomme saturnisme qui rend fou avec d’horribles souffrances ? »

Monsieur Roudenne se dressa et lança vivement :

« Ah, c’est vous l’emmerdeur de service ? Il y a déjà pas mal de temps que vous me mâchez les orteils ! Le saturnisme est une maladie que l’on contracte en travaillant le plomb, mais pas en buvant l’eau du robinet »

Avec le progrès, cette installation ne dura qu’une soixantaine d’années parce qu’il fut décidé de fournir l’eau à tout le canton de Duras. Rationnelle réalisation qui fit se dresser quatre châteaux d’eau au plus haut point du pays. Pour les fournir en ce précieux liquide, des forages de trois cents mètres de profondeur  permirent de nous offrir des eaux de rivières souterraines. Quant à celui construit en 1935, il fut mis à bas en une demi- journée par des spécialistes de travaux dangereux.

Archives Réné Blanc ( Comment Monsieur Progrès s’installa à Duras )